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Chronique n° 005 – Un cocktail linguistique

   

La forêt usagère constitue cette terre généreuse d’où jaillit Arcachon. Seulement, la ville n’a pas surgi par génération spontanée. En grattant son sous-sol, on ne trouve pas que du sable. On y détecte aussi, enfouis comme les longues racines des pins, la longue histoire des hommes qui constitue les solides fondations de la jeune ville. Des fondations creusées par bien des efforts, bien des souffrances, bien des trouvailles pour mieux vivre, par exemple, en extrayant de cette forêt tout ce qu’elle pouvait apporter. Le bois, certes, qui construisait les cabanes ou les péougues, les bateaux. Mais aussi l’or noir, venu de l’or blond. En somme, les goudrons extraits de la résine. On la tirait de l’arbre par des entailles tranchées comme au scalpel, grâce à une hache, aiguisée telle une dague : le hapchot.

La résine coulait dans un creux du sol. Puis on la transférait dans un réservoir à claire voie d’où s’écoulait la tormentine, devenue depuis l’huile de térébenthine, très utile pour la peinture ou pour guérir les rhumes et, plus tard, pour tenter de soigner la tuberculose. Dans le réservoir, restait une gemme que l’on mélangeait avec la résine compacte recueillie en octobre. On enfournait le mélange dans une chaudière – la caoudeyre – et en chauffant, on obtenait un produit dur et brun, le brai noir, qu’on appellera, ouvrez l’oreille, qu’on appellera un jour : l’arcasson. L’arcasson.

Ça ne vous dit rien ? À l’arcasson on pouvait ajouter de l’eau et, après un  mitonnage de deux heures, on obtenait du brai jaune. On le moulait dans un tronc de chêne évidé et on le vendait à un bon prix pour en faire des torches, du savon et, plus tard, pour encoller le papier. Sa vente, marchait bien, sous le nom d’arquaysson. Arcasson, arquaysson, tiens … tiens … bizarre, comme c’est bizarre !

On ne  laissait pas perdre non plus les arbres morts. Dans des fours en pierre d’alios, on faisait cuire, à l’étouffée, des bûchettes qui donnaient divers types de goudron, suivant la qualité du bois consumé. Colbert, lorsqu’il a  vent au XVIIe siècle, de cette ancestrale technique, l’encourage fortement car il a bien besoin de ces goudrons pour calfater – c’est à dire étanchéifier – les nombreux navires, qu’il fait construire pour faire la nique aux Anglais et aux Hollandais.

En fait, le commerce maritime de tous ces produits issus de l’arbre se faisait depuis très longtemps et en 1243, une chaloupe relâchant dans le grand chenal du Bassin. Elle s’appelait le “Cavoyr d’Arquasson”. Viendront la Jaquette, puis la Catherine d’Arcasson. C’est exactement là que la forêt rejoint la mer. En 1205, on apprend,  dans la Chronique  saintongeaise que des Basques qui avaient mauvaise conscience, s’enfuirent vers Arcaisson, le signe  “iss” se prononçant alors “che”. Le mot viendrait du latin “cassanus” signifiant chêne. Comme poussaient alors beaucoup de chênes dans la petite montagne, on voit d’où vient le nom d’Arcachon, un somptueux cocktail linguistique entre la forêt, la mer et les hommes. Mais est-ce bien vrai ?  D’aucuns en doutent. De toute façon, c’est une autre histoire.

À  suivre…

Jean Dubroca

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