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1550 – Forêt usagère – baillette à fief nouveau du 22 avril 1550

La procuration et baillette à fief nouveau du 22 avril 1550 concerne le fief nouveau des vacans de padouens[1] [1] et autres héritages remis aux manants et habitants des dites paroisses de La Teste, Gujan et Cazeau en Buch par contrat spécifié et déclaré aux paroissiens, manants et habitants pour tout ce qui a été accoutumé être tenu en padouens et vacans des dites Paroisses, pour d’iceux padouens et vacans jouir et padouenter par les dits manants et habitants.

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Ainsi, les manants et habitants deviennent « Vrais Seigneurs » des Vacants & Padouens : moyennant un droit « d’entrée et charités » de 800 livres et une rente annuelle de 10 francs bordelais, le Captal de Buch Frédéric de Foix-Candale, Comte de Candale, d’Esterac et Benauges, Seigneur de Cadillac, Langon et Podensac, abandonne « perpétuellement et à jamais… aux paroissiens, manants et habitants des paroisses de La Teste, Gujan et Cazaux en Buch… tout ce que a été accoutumé être tenu en padouens et vacants es dites paroisses de La Teste, Gujan et Cazaux ». En gros, c’est l’immense lande qui existe des limites du Teich jusqu’aux dunes de l’océan et des terrains cultivés de Gujan et de La Teste jusqu’au lac de Cazaux et Sanguinet. La rente annuelle doit être payée au seigneur en « son hôtel de La Teste », à lui ou à son receveur « le jour de chacune fête de Noël », à raison de 5 francs pour La Teste et Cazaux d’une part, de 5 francs pour Gujan d’autre part. L’acte est signé à Bordeaux, le 23 mai 1550. Le captal absent est représenté par Jean de Portepain et les habitants de Gujan par Gaillard Darriet et Ricard de Bernete, appelés « comtes de Gujan » (c’est le seul acte où ce titre est employé). Les habitants de Gujan deviennent ainsi propriétaires indivis avec ceux de La Teste et de Cazaux de la lande où jusqu’alors le pacage de leurs troupeaux n’a été que toléré par le seigneur. À celui-ci reste la propriété directe, simple satisfaction d’amour-propre. Toutefois, le captal se réserve « le pouvoir et la puissance de pouvoir bailler à fief nouveau les susdits vacants à ceux qui voudront les convertir en labourage pour faire bled[2] [3] ». Cette clause n’inquiète guère Gaillard Darriet et Ricard de Bernete ; qui pourrait être assez fou pour venir mettre en blé cette lande inondée en hiver et brûlante en été ? Ils ne peuvent imaginer que deux siècles plus tard, à l’époque des physiocrates et du retour à la nature chanté par Jean-Jacques Rousseau, ce fou s’appellera Nézer.

https://www.addufu.org/Les%20baillettes/1468.pdf [4]

[1] [5] – L’idée exprimée par le mot padouen, nous dit M. Baurrein, est celle d’objet de libre usage, c’est-à-dire que le padouen est en général tout objet quelconque, chemin, eau, pacage, forêt, etc., dont l’usage est laissé à d’autres qu’au propriétaire, et qui, conséquemment, est ouvert à tous, omnibus patebat ces objets sont donc patentia, ou, comme on dit au moyen-âge, patuentia, d’où, par dérivation régulière, paduentia, padouens. Le padouen le plus essentiel à la vie des populations, celui qui rend le plus de services, est le pacage. On arriva donc tout naturellement à confondre l’espèce avec le genre, et à identifier pâturage et padouen. (Les padouens du Bordelais, étude historique).

En 1323, avec le “padouentage”, le Captal récupère trois sols et une poule auprès de chaque sujet qui fait paître son troupeau dans des terres en friche.

[2] [6] – Baillette confirmée en 1550, ne permet alors que de « semer en bled » ce qui n’est déjà futaie.